Crachat du Diable

C’est au cours de l'une de nos sorties, un dimanche de mai 2008, que l’un (ou l’une) d’entre nous, découvre, recouvrant le sol du sentier que nous parcourons, une formation végétale bizarre, peu épaisse, verdâtre et d’aspect gélatineux et gluant. Notons au passage, ce qui n’est pas sans importance, que la pluie tombe depuis plusieurs jours. La question est bien vite posée de savoir de quoi il s’agit et la réponse ne tarde pas, comme de coutume, émanant des membres les plus érudits de notre petit groupe. Le végétal dont il est question est tout simplement le "Crachat du Diable" encore appelé "Crachat de Lune" ou "Crachat de Vénus".

L’aspect de cette formation verdâtre et gluante, étalée sur le sol et à l’évidence peu ragoûtante, ne peut qu’évoquer la comparaison avec un gigantesque mollard, plus ou moins purulent, produit et rejeté par une entité elle-même peu reluisante : la dénomination « Crachat du Diable » peut ainsi trouver son explication.

Quant à l’appellation « Crachat de Lune », elle correspond probablement au fait que nos ancêtres croyaient fermement – il faut se replacer dans le contexte de ces époques de relative ignorance (mais sachons rester humbles car nous avons nous-mêmes encore beaucoup à apprendre) – que cette formation, apparue subitement d’un jour à l’autre, tombait du ciel. La Lune est habitée, c’est évident : n’est-elle pas éclairée chaque nuit ? L’appellation « Crachat de Vénus » vient probablement d'une source similaire incriminant notre très renommée et poétique "étoile du berger".

En fait, nous savons maintenant que le "Crachat du Diable" est une formation végétale qui se développe au sol, dans des milieux très variables et notamment sur les sentiers. Ce végétal s’étend en zones plus ou moins arrondies, d’un diamètre variable allant du centimètre à une dizaine de centimètres, voire parfois beaucoup plus. Son épaisseur moyenne n’est que de quelques millimètres. Cette formation particulière porte un nom masculin : le nostoc. 

Les nostocs font parties de la famille des algues. Ce sont des cyanobactéries d’eau douce de la famille des Nostacaceae, qui se forment en colonies et se présentent de façon différente en fonction du temps. Sous la pluie, ils prennent la forme de masses gélatineuses, à surface irrégulière, de couleur vert olivâtre. Par temps sec, cet ensemble organique perd pratiquement la quasi-totalité de son eau et ne ressemble alors plus qu’à un mince lichen de couleur brunâtre que l’on peut avoir peine à distinguer. La résistance à la dessiccation est très importante car l’organisme a la faculté de se mettre alors en état de vie très ralentie.

Ces algues ont la propriété de fixer l'azote de l’air (N) qui est alors transformé en azote organique. Elles jouent un rôle dans les interactions symbiotiques avec d'autres organismes comme les  lichens, les mousses ou les fougères. A ce titre, les jardiniers l’utilisent parfois comme engrais azoté.

Par ailleurs, les Cyanobactéries, encore appelées Cyanophycées ou algues bleues, sont des Procaryotes qui ont la capacité de produire de la matière carbonée par photosynthèse. Elles jouent indiscutablement un rôle important dans la colonisation des rochers et elles constituent le premier élément organique de l'humus qui va permettre l'installation d'autres végétaux.

La confusion est possible avec l'Exidie glanduleuse, Exidia glandulosa, champignon non comestible proche des trémelles, qui se présente sous la forme d’une masse gélatineuse, de 3 à 10 cm, d’aspect cérébriforme, de couleur brun noirâtre et luisante. Ce champignon est reviviscent, c'est à dire que lors des périodes de sécheresse, il devient dur et prend alors l’aspect d’une fine pellicule d'un demi millimètre d'épaisseur. En contact avec l’eau, il reprend sa forme initiale et gélatineuse. Néanmoins, ce champignon ne pousse que sur troncs et branches mortes de feuillus.

Autre confusion possible avec les lichens gélatineux du genre Collema, notamment Collema flaccidum, qui se déshydratent sous l’effet de la sécheresse et reprennent leur consistance gélatineuse sous l’effet de la pluie. Ces lichens sont surtout d’une couleur noirâtre ou verdâtre foncée mais la distinction peut parfois s’avérer difficile.

Crachat du Diable ou Nostoc      

 

Accès Wikipédia, Pour en savoir plus